Lune de lait

Par Hanny Ghazi

Certaines personnes s’imaginent que nous, les conseillères en allaitement, n’avons aucun problème pour allaiter nos bébés, que tout se passe à merveille, comme une lune de miel. Moi aussi, je pensais que les médecins ne tombaient jamais malades et que les ordinateurs des ingénieurs ne tombaient jamais en panne !

La réalité c’est que nous vivons les mêmes problèmes que toutes les mères, à la différence que nous connaissons la théorie pour les résoudre. Et si nous parvenons à garder la tête froide entre la fatigue et le dérèglement hormonal, il est probable que nous trouvions des solutions. Souvent, néanmoins, nous devons nous tourner vers nos collègues pour qu’elles nous aident à voir la situation avec du recul car nous n’y parvenons pas et nous pourrions passer notre temps à tourner en rond come un chien qui chasse sa queue.

Je suis la mère d’un beau garçon, que j’ai allaité pendant quatre ans et demi, mais ce ne fut pas un allaitement facile. (Y en a-t-il des faciles?), j’ai passé presque un an à faire le tour des cabinets de pédiatres, sages-femmes, IBCLC, ostéopathes et bien d’autres suggestions qu’on avait pu me faire. Il y avait plein de choses qui ne fonctionnaient pas avec l’allaitement, de son côté comme du mien. Les mois passèrent, et grâce aux nombreuses lectures et en assistant aux groupes de soutien à l’allaitement, j’ai fini par trouver moi-même les solutions aux problèmes et je pense que pour son premier anniversaire nous vivions enfin un allaitement heureux.

Cinq ans plus tard mon deuxième bébé est arrivé, une fille dont je voulais accoucher dans la tranquillité de mon foyer, mais ça n’a pas fonctionné. Ma petite était en position postérieure et nous ne sommes pas parvenues à ce qu’elle s’engage dans le col uterin pour la descente et l’expulsion. Après avoir attendu ce qu’ « autorise » l’administration française comme durée acceptable post date prévue d’accouchement, nous avons dû nous rendre à la maternité pour une césarienne. Après avoir vécu une première césarienne il n’est pas sûr de de stimuler artificiellement les contractions avec de l’ocytocine synthétique, on risque une rupture utérine.

Avec le coeur brisé, mais en réunissant mes forces je suis arrivée à l’hôpital pour la césarienne, qui allait se faire avec une rachianesthésie. Quelques minutes plus tard j’étais au bloc, prête pour l’intervention mais l’anesthésie n’a jamais fait effet. L’équipe n’a eu aucun scrupule à me mettre un masque sur le visage en s’indiquant les uns aux autres qu’il fallait faire une anesthésie générale. J’avais déjà perdu l’occasion de vivre la naissance de mon premier enfant, avec toute la douleur et la souffrance que cela a amené dans nos vies, je n’allais pas permettre que l’on me vole cette rencontre avec mon bébé une nouvelle fois. J’ai levé les bras (en me rendant compte que c’était très facile) et j’ai arraché le masque pour crier bien fort : NON !

L’équipe (choquée j’imagine), a essayé de me raisonner rapidement, car selon eux “il n’y avait pas de temps à perdre”. Je leur ai répondu que ma fille allait parfaitement bien (nous l’avions vérifié le jour précédent avec une échographie et un monitoring où l’on constatait qu’il y avait assez de liquide amniotique et que son rythme cardiaque était normal).

Et moi aussi j’allais bien (en me préparant pour cet accouchement j’avais demandé le rapport sur la naissance de mon premier enfant où ils avaient écrit qu’ils avaient fait une césarienne pour “cause maternelle”).

Il n’y avait pas de raison pour une anesthésie générale, à part pour qu’ils ne soient pas venus pour rien à l’hôpital et peut-être pour ne pas manquer un bon petit-déjeuner! Face à ma détermination ils se sont tous calmés, en répétant plusieurs fois qu’ils ne feraient rien sans mon consentement (ce qui est passible de poursuite selon la loi francaise), cependant quelques instants plus tôt ils avaient décidé de me faire une anesthésie générale sans rien me consulter !

Enfin. Ils m’ont ramené dans ma chambre et ils m’ont dit que le jour suivant ils tenteraient de nouveau une anesthésie, cette fois péridurale, et que si ça ne fonctionnait pas IL FAUDRAIT QU’ILS FASSENT UNE ANESTHESIE GENERALE ( ils me l’ont répété jusqu’à plus soif comme si j’étais demeurée et que je ne comprenais pas).

Cette nuit-là, seule dans ma chambre lugubre, j’ai décidé de mettre des chansons de la « Fania All Stars » sur YouTube et danser comme si personne ne me regardait (c’était le cas), cet afflux d’ocytocine a déclenché des contractions plus fortes que celles que j’avais eu jusqu’à maintenant, et soudain je me suis senti toute humide, pas seulement de sueur mais aussi entre mes jambes : j’avais rompu la poche des eaux. Quand les sages-femmes sont passées me voir, elles se sont rendues compte de l’intensité des contractions et décidèrent de m’amener en salle de naissance pour un monitoring. Je leur ai indiqué que ma poche des eaux était rompue, j’étais excitée, peut-être que ma fille allait naître par voie vaginale cette nuit !

Mais le personnel hospitalier est tellement inhumain, qu’elles ne firent que me rappeler à quel point les contractions allaient devenir beaucoup plus fortes maintenant (comme si je ne le savais pas), peut-être insupportables, et qu’une péridurale serait préférable. J’ai répondu “non merci” et j’ai prié pour pouvoir supporter le monitoring allongée sur le dos (seule possibilité qu’ils me proposaient). Juste après, la chirurgienne du matin est venue me menacer une fois de plus avec son histoire d’anesthésie générale, quelle femme insupportable ! J’espère que quand elle aura des enfants on la laissera vivre son accouchement en paix.

Les contractions ont continué d’augmenter en intensité jusqu’à ce que je perde conscience, je me suis réveillé avec un masque de gaz hilarant sur le visage et mon mari à mes côtés que j’avais dû contacter à un moment. J’étais épuisée mais je continuais d’être très motivée par l’idée de pouvoir donner naissance à ma fille par voie vaginale.

Le matin suivant, l’obstétricien en chef est venu me voir. Bien plus aimable et respectueux que sa collègue de la veille, il m’a dit qu’une péridurale était vraiment recommandée pour que je puisse me reposer et que nous puissions attendre jusqu’à la fin d’après-midi que mon bébé s’engage dans le col utérin et descende. J’étais d’accord et nous avons alors essayé plusieurs positions pour que mon bébé puisse s’engager.

Aujourd’hui je sais que peut-être elle manquait de liquide pour pouvoir bouger, qui sait, et à moi sans doute de la tranquillité et de l’intimité.

De toute façon, nous n’avons pas réussi, et à 17 heures nous nous sommes dirigés vers le bloc pour une césarienne.

Ce fut différent de la première fois, nous avons pu avec mon mari prendre notre bébé dans nos bras et malgré le froid et le bruit du bloc opératoire, je suis convaincue que son arrivée dans ce monde a été beaucoup moins brutale que si j’avais été sous anesthésie générale. Au moins, nous avons pu l’embrasser et lui dire que nous étions heureux de l’accueillir, et lui expliquer que très vite nous serions dans le calme de notre maison.

La première prise de sein, en salle de réveil, ne fut pas idéale, mais je croyais que c’était dû au fait que ma petite était encore endormie et inquiète car quand je suis arrivée, quinze minutes plus tard (le temps de me recoudre), elle avait pleuré dans les bras de son papa sans arrêt.

De retour dans ma chambre elle dormait, ils la réveillaient, et je la remettais au sein mais elle ne tétait pas vraiment, elle dormait seulement, tranquille, avec mon téton dans la bouche. Et c’est ainsi qu’elle a passé sa première nuit, comme un petit kangourou tout rose nouveau-né, collée à mon sein, bien au chaud et respirant calmement alors que je la regardais ensorcelée et heureuse de l’avoir dans mes bras.

Le matin suivant l’infirmière est venue pour la peser et prendre sa température, lorsqu’elle lui a enlevé la couche j’ai pu voir qu’elle était pleine de méconium noir et collant. Voilà une bonne chose, me dis-je. Elle a pris du colostrum. Elle avait perdu 180 grammes.

Elle a passé la journée à dormir et à téter dans mes bras, elle ne passait que quelques minutes dans le boite en plastique qui fait office de lit pendant que j’allais aux toilettes (pour éviter de me disputer avec le personnel si ils la trouvaient seule dans mon lit), elle n’a pleuré que lorsque la pédiatre est venue l’examiner. La prise de sein n’était pas idéale mais nous n’avions pas vraiment d’autres possibilités de positions dans un lit si petit et étroit. Je me disais qu’à la maison tout se passerait mieux… Cette nuit-là ils l’ont pesé à nouveau et pris sa température.

Une sage-femme lui a fait le test pour la jaunisse (le flash), elle a fait une drôle de tête et elle a pris note dans le dossier. Je n’ai pas demandé la raison de sa moue parce que j’ai si peu confiance en ces personnes que j’évite au maximum toute interaction…

Le matin suivant après qu’une infirmière ait changé la couche de mon bébé de façon particulièrement brusque, (je ne pouvais pas encore me lever ni bouger sans difficultés), j’ai demandé si je pouvais rentrer à la maison. Je ne voyais pas l’intérêt de rester hospitalisée, je serai bien mieux à la maison certainement.

Ils l’ont encore pesée et elle avait perdu 80 grammes de plus. Puis ils m’ont informé que mon bébé était dans la zone de risque de jaunisse et que je ne pourrais pas rentrer chez moi le lendemain si la situation n’avait pas évolué, qu’il faudrait alors lui faire un prise de sang et selon le résultat des analyses peut-être qu’il faudrait de la photothérapie. Quelles inepties ! La bilirubine est un antioxydant, un cytoprotecteur puissant et c’est suggeré qu’elle aurait même un role protecteur pour le bébé. 1

Durant la journée une ostéopathe est venue dans ma chambre, sympathique, elle a fait une évaluation et une séance d’osthéopathie. J’ai accepté avec plaisir, elle m’inspirait confiance. Elle nous a dit que les cervicales du bébé étaient mal positionnées (pas faux), et que cela datait probablement déjà de la période de gestation. Elle lui a également fait un test de succion avec son doigt et nous a dit qu’elle tétait comme une championne. « Son doigt », je me suis dit intérieurement…

J’ai décidé de regarder l’intérieur de sa bouche et j’ai découvert les freins : de lèvre et de langue. Voilà pourquoi elle n’éliminait pas la bilirubine comme espéré : sa succion était inadéquate et elle ne recevait pas suffisamment de colostrum. Comme j’avais amené une cuillère en prévision de telles situations, j’ai commencé à tirer mon colostrum manuellement et à le lui donner à moitié endormie. J’ai fait cela tout le reste de la journée et toute la nuit.

Cette nuit-là j’ai eu ma montée de lait et probablement à la suite de la séance d’ostéopathie ma fille était inquiète et pleurnichait.

Le matin suivant, ils lui ont fait encore le test de la bilirubine et on pouvait rentrer à la maison, ma petite était sortie de la zone de risque de jaunisse.

Je suis rentrée à la maison avec les seins gonflés comme des pastèques, il fallait tout de suite savoir quoi faire pour que la bébé puisse prendre le sein correctement sinon je risquais l’engorgement (l’utilisation du tire-lait dans ces situations peut être contreproductif.)

La visite d’une IBCLC spécialiste des freins (je ne suis pas experte) a conclue : frein de lèvre de type 3 et de langue de type 2. Il fallait prendre en urgence rendez-vous avec un pédodontiste pour une frénectomie laser.

Nous avons eu la chance de trouver un créneau le jour suivant, et juste après l’intervention la prise de sein s’est améliorée significativement. Cependant ce n’était pas encore idéal et mon bébé pleurait en ouvrant la bouche, en prenant le sein et en avalant le lait.

L’étape suivante était donc le cabinet de la seule personne spécialisée en chiropraxie pédiatrique à Paris, qui par chance nous a trouvé un créneau entre deux consultations. La tension provoquée par le mauvais positionnement des cervicales causait une douleur (comme prévue), il faudrait faire des séances mensuelles de chiropraxie pour les remettre dans une position correcte.

Suite à cette première séance il y a eu un changement réel et notre lune de miel lactée a pu commencer. Ou mieux, notre lune de lait.

A la maison, entourée de coussins, dans le lit ou le canapé, la position la plus confortable pour nous deux serait ce qui est connu en anglais sous le nom de “biological nurturing”2 ou la position simiesque comme j’aime l’appeler, après tout c’est comme cela qu’allaitent les guenons.

 

BN

 

Le défi additionnel du début de cet allaitement était une hyperlactation accompagnée d’un réflexe d’éjection fort (REF). Certains auteurs suggèrent que l’excès d’amour/ocytocine (ou un maternage intensif), pourraient en être responsables. Peut-être est ce mon cas. Le Dr Newman dit que l’allaitement est une relation physique et émotionnelle entre deux personnes qui s’aiment profondément. Je pense que ce sont des paroles pleines de sagesse.

Près de 3 mois après, mon bébé est en haut des courbes de poids et de taille, elle se développe à merveille et rit toute la journée. C’est de la joie a l’état pur.

Il est vrai qu’en tant que conseillère j’ai les outils théoriques pour résoudre les tracas de l’allaitement, mais je suis reconnaissante d’avoir le soutien d’un partenaire en or qui est mon fan numéro un comme mère allaitante : mon mari, qui en plus joue le rôle de documentaliste paparazzo en nous prenant en photo 24/24 dans les situations les moins présentables mais aussi en tenue de fêtes.

Je souhaite remercier aussi ma communauté de consœurs de lait avec qui j’ai pu discuter et réfléchir la tête froide aux obstacles que j’ai rencontré dans cette seconde expérience de mère. Et ainsi, j’ai pu les surmonter sans traumatisme majeur et finalement en apprendre encore plus sur ce thème qui me passionne tant: l’allaitement maternel.

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  1. « Bilirubin is an antioxidant, a powerful cytoprotectant and there is good evidence that mild to moderate levels of bilirubin may protect the body against oxidative stress.» (Newman, Jack. “So Called Breastmilk Jaundice”, International Breastfeeding Center. Canada, 2017).
  2. https://www.biologicalnurturing.com
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Pourquoi partent les hommes, un billet par le Dr John W. Travis

 

Publié pour la première fois en novembre 2006 sur Kindred Media (en anglais).

 

Les hommes quittent leurs familles de plein de façons différentes. Même si ils demeurent au sein de leur foyer, beaucoup de pères sont souvent absents émotionnellement – à travers la dépression, la boulimie de travail, la violence ou l’abus (physique ou émotionnel), ou un refuge dans l’addiction aux substances, les médias, les produits de consommation, les sports, la nourriture ou le sexe.

La plupart des hommes aujourd’hui dans les pays développés n’ont jamais connus de l’attachement (ou ont connu un attachement très faible) avec leurs mères. La majorité des gens ne se rendent même pas compte à quel point les gens modernes sont déconnectés les uns des autres comparativement aux cultures dans lesquelles l’attachement est intact. Oui, il est vrai que nous parlons d’aliénation et nous remarquons à quel point les gens de culture méditerranéenne sont tactiles, mais nous ne faisons pas le lien entre ce phénomène et la façon dont nos liens entre nous, avec la nature, et avec le sacré ont été déchirés. Je soutiens que cette épidémie discrète et silencieuse est la source de la plupart des maladies sociétales. Le départ des pères qui abandonnent leurs familles n’est que la pointe de l’iceberg.

La plupart des hommes ont été nourris au biberon et ont été soumis à d’autres schémas culturels abusifs en tant que bébés, comme dormir seuls ou être laissés à pleurer alors qu’ils ont besoin d’être réconfortés. Biologiquement, le mâle est le genre le plus fragile de notre espèce et il est en retard de plusieurs années en termes de développement par rapport aux femmes, et ce jusqu’à l’âge adulte. Et au lieu d’avoir le complément de soin dont il a besoin pour compenser sa faiblesse, vers l’âge de 5 ans, les males dans presque toutes les cultures en ont bien moins que les femmes. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la plupart des garçons n’ayant pas connus l’attachement deviennent des hommes qui passent le plus clair de leur temps à chercher une figure maternelle qui leur fournira le soin dont ils ont été privés en tant que bébés et enfants (recherche alimentée par la publicité qui met en avant les seins qui leur ont été refusés). Une partie du mécanisme de survie consiste à apprendre à refouler leurs sentiments et à projeter les besoins non satisfaits sur des substituts, les femmes, d’autres éléments externes comme le consumérisme, la boulimie de travail et d’autres addictions.

Nous, les hommes sans attachement, pouvons-nous en sortir dans nos mariages pendant un temps, mais lorsque notre “maman” donne naissance et soudainement détourne son attention sur son nouveau-né, nous perdons souvent une grande part du réconfort que nous avions de notre partenaire. C’est quasiment inévitable étant donné la demande sur les parents piégés dans ce que j’appelle l’expérience du « désastre de la famille nucléaire » (Nuclear Family Disaster en anglais) que notre culture traverse. Les mères, particulièrement, ne peuvent pas voir leur besoin de réconfort satisfait à moins qu’elles ne fassent partie de cette minorité qui vit en tribu, dans des communautés très soudées ou des familles étendues.

Les cultures d’Europe du nord, au nom de la civilisation et du progrès, ont graduellement détruits la tribu/village/famille étendue/communauté et l’ont remplacé par le désastre de la famille nucléaire. Ce qui s’est ensuite transformé en « piège du parent célibataire » (Single Parent Trap en anglais). Ces phénomènes se sont propagés rapidement à travers le monde alors que les européens du nord ont exporté leur expérience d’isolation sur chaque continent sauf l’Antarctique, tout d’abord via les missionnaires et les conquêtes, et aujourd’hui à travers les medias et les multinationales. Les conséquences sont incommensurables, menant à la pression accablante de l’isolation, en particulier pour les femmes qui finissent souvent par avoir à assumer la responsabilité totale de leurs enfants.

Dans le même temps, le fait d’être soudainement exposé à un bébé qui n’a pas encore été totalement « dressé » à renier ses propres besoins – comme téter au sein, être porté avec amour, être constamment en présence d’un adulte réfèrent, etc – et qui exprime ses besoins de façon vocale, va habituellement remuer nos souvenirs réprimés de nos besoins niés en tant que bébés, nous plongeant dans une douleur profonde – consciente ou inconsciente.

En conséquence des niveaux élevés de douleur, nous mettons en avant nos moyens de défense contre nos sentiments – que ce soit via la médication, l’adultère, la rage, la dépression, l’addiction ou la violence (physique ou émotionnelle). C’est la première étape à laquelle les hommes partent. Si le mécanisme de défense fait défaut, parce que le besoin réel n’est pas satisfait, beaucoup d’entre nous pensons que la seule chose qu’on peut faire est de se détacher du stimulus et quitter notre maison.

Les filles aussi dans notre culture reçoivent bien moins de réconfort que ce dont elles ont besoin et souffrent aussi d’un échec de l’attachement. Néanmoins, elles ont l’occasion de recréer l’expérience d’un lien sûr par leur capacité unique à avoir un lien biologique avec le fœtus pendant la grossesse (et les hormones correspondantes). Si elles sont capables de conserver ce lien en résistant à la norme culturelle et en élevant un enfant avec un attachement fort, elles peuvent alors guérir d’une grande partie de leur non-attachement, mais être le témoin de ce phénomène peut provoquer simultanément chez le père une résurgence de ses propres blessures primales, ce qui déclenche ses défenses, et vient augmenter la probabilité de son départ.

Etant donné que la dépression était mon mécanisme de défense de choix, je comprends ce mécanisme particulier mieux que d’autres, mais je pense que ma théorie explique aussi pourquoi d’autres mécanismes de défense, comme l’addiction et la violence, mènent à une rupture des liens et au legs de notre propre traumatisme à la génération suivante.

Aux origines de la douleur

Je suis né dans les regions rurales de l’Ohio en 1943. Comme la plupart des bébés nés à cette époque, j’ai été arraché du giron, drogué (via l’anesthésie générale de ma mère, qui a mis des semaines à s’estomper), avec le forceps en métal froid, attrapé par gants en plastiques collants puis plongé dans une lumière aveuglante – au lieu d’être accueilli avec tendresse par des mains chaleureuses dans une lumière tamisée. J’ai sans aucun doute été tenu la tête en bas pour drainer mes poumons (je ne suis pas sûr d’avoir été giflé ou pas, mais c’était la norme). Du nitrate d’argent piquant a été mis dans mes yeux, j’ai été ensuite emmailloté dans un tissu rêche et froid au lieu de me laisser me blottir contre la peau tiède de la personne avec qui j’avais été intimement lié pendant 9 mois. Peu de temps après j’étais amené à la « nursery » et placé dans une boîte en plastique aux côtés de Carol D., née plus tôt ce même jour. J’ai passé les 10 jours suivants là-bas (c’était la norme dans les années 40). Arlène et Marlene m’ont rejoint, des jumelles nées quelques jours plus tard. On m’a alors donné une tétine froide en caoutchouc avec un biberon rempli d’une substance grasse, antigénique, au lieu de la nourriture miraculeuse résultat de 3 millions d’années d’évolution spécialement préparée pour moi.

Puis, un jour ou deux plus tard, j’ai été immobilisé sur une planche et sans aucun anesthésiant, la majorité des terminaisons nerveuses les plus sensibles de mon pénis ont été amputées. Puis ont suivi les « abus normaux » des pratiques parentales des années 40:

  1. Lait artificiel – probablement de l’oeillet ou du lait animal en poudre.
  2. Un planning de biberon toutes les 4 heures. J’avais faim au bout de 3 heures et je pleurais la dernière heure, jusqu’à ce que j’apprenne que ça ne servait à rien et j’ai pris une décision sur le monde qui est si fondamental pour mon organisation cérébrale qu’il impacte encore presque tout ce que je fais – « Demander ce que l’on veut ne sert à rien »
  3. Etre enfermé dans un berceau ou un parc
  4. Privation du mouvement continuel lié au fait d’être porté dans les bras.
  5. Dormir seul dans une chambre séparée.

La plupart de ces “progrès” dans l’éducation des enfants ont été établis par des hommes citant des idées « scientifiques » non testées, il a été démontré depuis qu’elles sont déstructrices du lien humain. Je ne blâme pas mes parents ou les autres de leur génération ; ils ont suivi naturellement le courant culturel et les promesses de la science et des technologies pour soigner les maux du monde, qui en 1943, étaient encore un espoir indéfectible.

J’ai utilisé la dépression comme défense principale dès le début. Alors que ma défense primaire semble en apparence être la dépression, ce n’est qu’une des multiples possibilités à laquelle s’accroche les enfants/adultes dans leur tentative d’échapper à la douleur des premiers besoins réprimés qui les rongent. Les autres sont l’addiction, la violence, les maladies chroniques, et l’écocide (destruction de l’environnement) – symptômes de ce que James Prescott appelle Syndrôme de Privation d’Affection Somato-Sensorielle (Somato-Sensory Affectional Deprivation Syndrome en anglais) dans ses premières recherches sur l’attachement.

J’ai créé un monde “sûr” qui dans ma tête me donnait la sensation de contrôle (vu que je n’avais pas de contrôle sur ma façon d’être nourri, d’être touché ou bercé). Le fait d’avoir été déconnecté de la matrice de ma vie en étant isolé des autres a limité ma capacité à exprimer mes besoins et à les satisfaire – d’où les dépressions chroniques. Personne ne voyait mes dépressions, y compris moi, jusqu’à ce que je sois à l’université – les gens pensaient juste que j’étais “calme”.

Ma condition n’est pas atypique des hommes vivant aujourd’hui qui ont été élevés selon les standards culturels « modernes ». Un de mes amis, bien qu’élevé en Californie, a été suffisamment chanceux du fait que sa mère était sud-américaine. Il a été allaité bien après l’âge de 2 ans et m’a toujours paru plus heureux que toutes autres personnes que je connais.

Ma dose de câlins

N’ayant jamais connu le réconfort d’une mère, j’ai passé la majeure partie de ma vie à chercher un remplacement.

Je pensais que le fait de me marier et de devenir docteur me satisferait d’une certaine façon. Donc dès l’âge de 5 ans je me suis lancé aveuglément sur la voie de 22 années d’études qui permettrait d’atteindre le deuxième objectif. Je supposait que la “fille” idéale apparaitrait par magie au moment où je deviendrais docteur. Bien que mes compétences sociales aient été peu développées, je n’étais pas découragé à l’idée qu’elle apparaitrait.

A ma grande surprise, le mariage en plein cœur de mes études de médecine n’a pas soudainement rendu ma vie meilleure, juste plus compliquée. Mes sentiments de vide ont empiré et ma dépression s’est amplifiée. Après trois années de mariage et de nombreuses crises, ma femme a dit qu’on devait avoir un bébé ou se séparer. Je pensais que je devais accepter, puisque le divorce n’était pas une option dans ma famille. A contrecoeur, en 1972, je suis devenu père.

C’était génial au début, l’excitation d’un nouvel être, puis la réalité m’a frappe – j’étais beaucoup plus bas dans la liste d’attention de ma femme. J’ai commencé à être de plus en plus déprimé, ce qui nous mena à la thérapie. Là-bas j’ai appris que j’avais des sentiments, et que je pouvais les exprimer bien qu’avec difficulté – même aujourd’hui. Nous avons commencé à apprendre les causes inconscientes qui ont influence notre mariage symbiotique, mais que nous étions impuissant à les changer. Toutefois, ce groupe de thérapie parentale est devenu la base de mon travail de pionnier du bien-être et plus tard, de mon observation qu’un lien raté/attachement mène au besoin d’un travail de guérison en tant qu’adulte.

Bien que j’ai appris énormément sur mon fonctionnement interne, j’étais toujours déprimé la plupart du temps. Quand notre fille a eu 2 ans et demi, la douleur était telle que je me suis rendu compte qu’il fallait que je parte afin de garder toute ma tête, j’étais parfois à deux doigts d’avoir des pensées suicidaires. J’ai abandonné ma première fille avec qui je n’avais jamais vraiment tissé de lien – clairement à cause de mon manque d’expérience avec ce phénomène.

Le cycle a repris avec une autre relation intense de 3 ans. Je recherchais toujours inconsciemment la mère que je n’avais jamais eu, et quand je suis remonté dans son attention ce n’était pas assez, et elle était épuisée par mes besoins intenses. C’est aux environ de ce moment que j’ai entendu parler du livre Magical Child (l’enfant magique) et de la tentative de son auteur Joseph Chilton Pearce de recadrer les besoins légitimes de réconfort des enfants. Mais alors, je ne pensais pas que cela était pertinent et inconsciemment je ne voulais pas remuer mes souvenirs douloureux de l’enfance. J’ai essayé d’apprendre à m’aimer et à suivre les principes de la responsabilité de soi-même que j’essayais de promouvoir à l’époque, le tout en continuant de me battre avec ma dépression chronique. J’ai réussi à peine et au fond de moi, je ressentais toujours que quelque chose n’allait pas.

Un an plus tard j’ai rencontré une australienne, Meryn Callander, et je suis tombé amoureux.  Alors que notre amour s’épanouissait, nous étions souvent mis au défi de notre relation en formation, mais nous l’avons surmonté et un an plus tard nous nous marions. Meryn et moi avons aussi commencé à travailler ensemble, dans un premier temps en écrivant des livres, puis en créant une communauté authentique, particulièrement pour aider les professionnels qui se sentent souvent seuls et incapables de se connecter émotionnellement avec des pairs. C’est à travers les études de Meryn sur la spiritualité féministe que je suis devenu conscient du phénomène de séparation endémique dans la culture occidentale qui a créé les institutions autoritaires qui nous entourent, comme la médecine, le droit et le système éducatif. Je faisais face à certains aspects de ce phénomène dans le cadre de mon travail dans notre « Wellness Resource Center » au cours des 7 dernières années, mais je ne comprenais pas le contexte général.

Je pensais que j’avais graduellement surmonté mes dépressions grâce à un travail continuel sur moi dans des séminaires orientés vers le developpement personnel,  séminaires que je menais et auxquels je participais. Mes amis qui me connassaient depuis longtemps voyaient la différence – les années de travail pour traiter mes douleurs étaient en train de payer.

L’une des choses qui me reconfortait le plus c’était le fait d’être allongé au lit la nuit dans les bras de Meryn, habituellement à regarder la TV, en ayant ma tête, ma poitrine ou mon ventre caressé. Nous passions une heure plusieurs soir par semaine à faire cela avant de nous endormir et une quinzaine de minutes le matin, en alternant celui qui était le refuge de l’autre. Contrairement au stéréotype masculin qui pense au sexe et en veut toujours plus, ce que je recherchais principalement était le réconfort d’une figure maternelle, même si je n’en étais pas pleinement conscient. Parfois je pensais que quelque chose n’allait pas bien avec moi de ne pas être plus intéressé sexuellement. Etre pris dans les bras et caressé était le filin qui me maintenait à flot, sans pour autant vraiment réaliser à quel point ce besoin m’était vital jusqu’au jour où je l’ai perdu presque totalement.

Se jeter à l’eau

Comme la plupart de nos amis à l’époque , Meryn et moi ne pensions pas avoir d’enfant ensemble, mais après 10 ans, s’approchant de la quarantaine, l’horloge biologique de Meryn s’est mise en route. Je ne pouvais pas m’imaginer rouvrir l’expérience douloureuse d’être père à nouveau. Sur les conseils d’un ami, j’ai lu « Le Concept du Continuum » de Jean Liedloff. J’ai soudainement réalisé que la séparation que nous avions étudié n’était pas innée à la condition humaine mais le résultat de la façon dont nous isolons nos bébés et nos jeunes enfants. A titre personnel, je pouvais me rendre compte que mes vieilles blessures, que je croyais avoir guéri lors de ma thérapie, étaient encore là. Je pensais aussi que je pourrais me rattraper de mon pire échec (être un père) et faire les choses correctement cette fois avec une nouvelle approche.

Jusque là j’avais vécu une vie faite de dates limites (auto-imposées) en utilisant l’adrénaline pour me permettre d’accomplir des choses, en ayant toujours la sensation qu’une peur inconnue me gagnerait si je n’avais pas un objectif concret à achever à la fin de la journée. Je faisais semblant de me concentrer sur l’amour et les relations comme étant mes plus hautes valeurs, mais j’étais mu par le besoin d’accomplir des choses pour payer mon dû. Cela est toujours trop vrai même si j’ai fait de gros progrès.

Durant 4 ans, au début de notre relation, Meryn et moi avons vécu une vie volontairement simple dans les montagnes du Costa Rica. Nous avions tous les deux envie de revenir à cette vie simple. En parallèle de notre décision d’avoir un enfant, nous avons vendu notre grande maison, réduit les séminaires que nous animions, et nous avons acheté 40 acres dans une zone reculée du comté de Mendocino en Californie, à 7 miles de la fin des lignes électriques.

Nous sommes devenus des exploitants agricoles. Je me suis mis à transformer une cabane en une maison qui fonctionne à l’énergie solaire. Nous lisions et écrivions intensément sur le parentage proximal. Nous nous sommes préparés à donner naissance à notre fille à la maison avec une sage-femme, le tout agrémenté d’une piscine d’eau chaude fournie par un ami.

La naissance s’est bien passé, et alors que je pensais être mieux préparé pour devenir père, je n’avais pas la moindre idée de la profondeur de la douleur et de l’envie qui surgirait en étant constamment avec un être qui connaissait ses besoins, les exprimait et avait droit au réconfort dont chaque enfant a besoin et qui lui permet de s’épanouir.

Et comme on aurait du le prévoir, l’arrivée de Siena a supplanté la plupart de ma source de réconfort. Notre maison n’était toujours pas terminée, je devais faire face à des problèmes d’eau et d’électricité. Nous sommes vite arrivés à la conclusion que notre tentative de parentage proximal était faite pour une famille étendue et pas pour notre famille nucléaire. Faire venir la mère de Meryn d’Australie pour vivre avec nous a aidé, mais il a souvent semblé, étant donné notre engagement que Siena soit toujours portée jusqu’à ce qu’elle en décide autrement, que nous étions à encore à court de bras.

Alors que nous donnions à notre fille un degré de réconfort physique inconnu de la plupart des enfants dans le monde occidental, et qu’elle s’épanouissait, notre relation de couple devenait de plus en plus tendue. Je tombais encore plus profondément dans la dépression, alternant périodes d’hyperactivité pour nous maintenir à flot financièrement et pour me racheter de mes moment d’effondrement. C’était insoutenable.

J’essayais de satisfaire mes besoins sur de nombreux fronts: travaux, thérapie, groupes de soutien, et passer du temps dans la nature; le tout s’avéra inutile.

Ce n’est qu’après une année de recherche spirituelle, déménageant à l’autre bout du pays en Virginie en 1996 où j’ai trouvé une communauté qui semblait pouvoir combler beaucoup des idéaux que j’avais poursuivi durant les 20 années précédentes, que j’ai trouvé de la tranquillité dans mon cheminement et j’ai commencé à écrire sur le sujet.

Malgré la moitié d’une vie de thérapie et d’effort de développement personnel, je luttais toujours avec ma rage à peine dissimulée, qui se manifestait sous la forme de dépression, une crispation chronique de la machoire et un nœud à l’estomac.

Et même maintenant, près de 11 ans après la naissance de ma deuxième fille, je suis toujours aussi choqué par le contraste que je constate entre ses besoins exprimés et satisfaits, et la façon dont la plupart d’entre nous ont été traités. J’ai passé plus de 1000 nuits allongé à côté d’elle pendant qu’elle tétait. Cela m’a donné une nouvelle notion de mes propres besoins oraux domptés que j’ai essayé de compenser durant toute ma vie et toute ma carrière. Passer du temps avec ma fille active encore parfois en moi des zones douloureuses et profondes, je la vois comme un professeur spirituel, qui me met au défi permanent de gérer mes années de douleur réprimée, cette douleur qui m’a maintenue déconnecté de ma famille/tribu/planète, qui est mon droit imprescriptible.

Conclusions

Mon parcours personnel est révélateur d’une des façons dont peut s’exprimer l’échec de l’attachement dans une dynamique familiale. Heureusement, c’est dans nos blessures que se révèlent nos dons. Il est clair que mon travail dans le bien-être a été influencé par ma douleur, et si je ne l’avais pas pris dans le contexte plus large d’un parcours personnel, je pense que j’aurais sombré dans la souffrance. Si vous n’avez pas trouvé le don dans votre blessure, veuillez continuer de chercher.

Un mot d’avertissement: après m’être observé et avoir observé d’autres qui ont travaillé sur ces sujets plus de la moitié de leurs vies adultes, je ne suis plus très sûr que nos blessures d’enfance liées à l’absence d’un attachement fiable – ou l’euphémisme populaire de cette condition “faible estime de soi” (Liedloff décrit l’attachement comme le sentiment d’être méritant et bienvenu) – puisse être soigné à long terme au-delà de quelques éclairs et de remissions temporaires. Mais je suis convaincu que l’on peut apprendre à mieux gérer notre douleur et à être moins contrôlé par elle.

La dépression est l’un des plus grands problèmes de notre culture, au même titre que l’addiction, la violence, et les maladies chroniques – tous les symptômes de SSAD. La réactivation de cette douleur dans notre tentative de créer une famille à nous est une condition à laquelle nous devrions réfléchir avant la naissance d’un enfant. J’avais et je continue d’avoir des difficultés avec cette situation, donc je ne pense pas que ce soit facile pour de jeunes gens qui entrent naïvement dans la vie de parent inconscients de leur propres blessures.

Pour éviter de perpétuer l’échec de l’attachement auprès de nos jeunes, amplifié par les familles nucléaires dysfonctionnelles – elles même un artefact de cultures autoritaires – nous devons reconnaitre ce à quoi un lien fiable ressemble et ce qu’il nous fait ressentir et commencer à remettre en cause l’abus normatif du détachement que l’on voit partout.

Nous voyons et entendons cette myriade de symptômes d’aliénation et d’attachement raté tous les jours aux infos, mais nous n’entendons pas parler des vraies causes – notre façon de traiter nos bébés et nos enfants. Si nous y regardons de plus près nous pouvons voir les symptômes dans nos propres vies, comprendre la cause réelle et commencer à avoir nos besoins satisfaits avec l’aide de livres et de classes sur la conscience de soi, de groupes de soutien, thérapie, et une communication ouverte et honnête avec nos familles et amis, au lieu de rester aveugles et d’être uniquement menés par nos besoins d’enfance. Commencer par mettre en pratique la sagesse trouvée dans des publications comme Kindred est un bon début.

Plus les hommes seront conscients de la dynamique entre leurs besoins non satisfaits et le fait de voir leurs enfants essayer d’avoir les leurs satisfaits, alors le déni général de ce problème sera bientôt exposé en plein jour et les hommes seront plus aptes à gérer leurs propres problèmes au lieu de les renier, les cacher, les infliger aux autres ou à les traiter par voie médicamenteuse.

Les hommes seront alors capables d’aider la société à comprendre et à reconnaitre les blessures du détachement qui ont non seulement atteint des proportions épidémiques dans les générations récentes, mais qui en plus sont perpétuées par des programmes culturels et économiques. En recréant des communautés, des familles étendues et d’autres façons de se soutenir à découvrir en se donnant le réconfort qu’on a jamais eu, nous pouvons rompre le cycle de l’abandon et de la séparation infligé aux enfants sous la forme de naissances médicalisées, d’alimentation au biberon, circoncision, crèche précoce et autres traitements similaires.

Lorsque nous faisons face et acceptons nos propres blessures et lorsque nous ouvrons nos coeurs pour nous occuper de nos propres besoins, nous libèrerons la compassion qui nous donne la force de rester avec nos familles et de créer un monde qui nous reconforte à tous.

 

L’auteur

 

John W. Travis a obtenu son diplôme de médecine à Boston et a fait son internat en médecine preventive à l’Université John Hopkins. Il a par la suite fondé le premier centre de bien-être aux Etats-Unis, a développé le premier « Wellness Inventory » (disponible en ligne) et a co-écrit le « Wellness Workbook ». Réalisant en 1991, que la façon dont les enfants sont élevés a bien plus d’impact sur leur bien-être futur que tout autre facteur, il a élargi le champs de son travail au spectre complet du bien-être (Full-Spectrum Wellness) en y incluant le bien-être du bébé, et a co-fondé l’Alliance pour Transformer la Vie des Bébés (The Alliance for Transforming the Lives of Children) (aTLC.org), et en écrivant Why Men Leave, The Epidemic of Disappearing Dads, publié une première fois dans Byronchild (aujourd’hui Kindred) en 2004, qui devient maintenant un livre. Son Wellness Inventory Online est disponible sur www.thewellspring.com avec d’autres ressources bien-être, incluant cet article (mis à jour).

Allaitement Maternel, à quel sein se vouer ?

 

Rassurer les parents après l’accouchement.

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A la sortie de maternité, les parents viennent chercher le nécessaire à la pharmacie pour leur famille nouvellement élargie. Ce dont la mère a besoin pour se soigner, ce dont les parents auront besoin pour soigner bébé. Tout y passe : les mamelons souvent crevassés, le bébé à changer, tétines, biberons, lait artificiel au cas où, vitamine K, vitamine D, produits pour le soin du cordon, compresses, parfois couches. Des heures à rassembler toute la liste des courses.

C’est aussi une façon de se rassurer, que tout est fait pour que la paix règne dans le foyer, une fièvre acheteuse quasi pathologique attisée par les « boites roses », le couponnage et le harcèlement marketing.

Une pharmacie « amie des bébés » cherche à accompagner cette nouvelle famille. Rassurer les parents sur l’essentiel : bébé est en bonne santé, la maman aussi. C’est le moment de remettre la brochure de l’INPES « Le guide de l’allaitement maternel – brochure », la revue Hot Milk Magazine, de parler peau à peau, de portage physiologique.

Notre pratique d’un discours positif de soutien est encouragée par les mères qui en bénéficient. C’est ainsi que les sages-femmes de notre secteur géographique recommandent à leurs patientes de faire appel aux services de notre pharmacie. Tout est fait pour que la nouvelle maman prenne confiance en elle, confiance dans les capacités de bébé, et confiance dans sa capacité d’allaiter.

Une mère nous a contactés téléphoniquement ces dernières semaines, originaire de l’est de la France, suite à la recommandation d’une de ses amies. Nous abordons très souvent les questions touchant à la iatrogénie médicamenteuse et l’allaitement maternel.

Le plus souvent nous allons rassurer les mères qui ont besoin d’un médicament.

Le corps médical, les pharmaciens, nous l’avons exposé précédemment, insuffisamment formés à l’allaitement maternel, prescrivent trop souvent à tort l’arrêt de l’allaitement, suite à la lecture du Vidal®, ou encore à lecture de la notice du médicament.

Ces sources documentaires sont biaisées par le « principe de précaution ».

Pour qu’une notice assure une compatibilité avec l’allaitement maternel, le fabricant doit mener des études dans le but de prouver de façon positive l’innocuité du médicament pour le nourrisson. Deux facteurs s’opposent à ces études :

1 . le premier est d’ordre économique, une étude très coûteuse qui se chiffre en millions d’euros, l’étude ne sera pas rentable, elle ne sera donc pas menée, donc pas de preuve positive, in fine pas de compatibilité prouvée avec l’allaitement maternel.

2 . le second est lié au faible taux d’allaitement constaté en France, non pas en sortie de maternité, mais à 1 mois. Les populations concernées sont très faibles, le retour d’expérience est aussi par conséquent très faible, les études des industries pharmaceutiques ont encore moins de chance d’être rentables.

Comme aucun médicament n’est réputé compatible avec l’allaitement maternel dans les documents usuels, il est urgent d’informer les pharmaciens, les médecins, qu’il existent plusieurs bases de données fiables : le site du CRAT, e-lactancia, et LactMed, qu’ils peuvent les inclure dans leurs favoris. Ces bases sont renseignées pour l’usage de ces médicaments, et leur éventuelle toxicité pour les nourrissons allaités. C’est un système dit de preuves négatives : il n’a pas été constaté de soucis avec l’utilisation du médicament, il est donc possible de l’utiliser sans trop de crainte.

Le site du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes ) est une base française documentée par l’Hôpital Armand Trousseau qui répond en fonction des dénominations communes internationales, des noms de marque, des pathologies, et aussi par classe thérapeutique. Cette base permet de trouver des alternatives thérapeutiques en cas d’impossibilité. Elle est également documentée pour la grossesse.

E-lactancia, est une base de données espagnole de qualité qui est bilingue espagnol/anglais. Les molécules répertoriées sont plus nombreuses que dans le CRAT. Les médicaments sont annotés avec 4 catégories de risque, très faible ( vert ), faible ( jaune ), élevé ( orange ), très élevé ( rouge ).

LactMed (Drugs and Lactation Database) est une base de données révisée par des pairs et entièrement référencée des médicaments auxquels les mères qui allaitent peuvent être exposées. Parmi les données incluses figurent les niveaux de médicaments chez les mères et les nourrissons, les effets possibles sur les nourrissons allaités au sein et sur la lactation et les médicaments de substitution à envisager. En anglais mais disponible aussi en tant qu’application sous IOS et Android.

En jargon de pharmacien un cas clinique est un cas de comptoir :

« Mon ophtalmologiste m’a prescrit un arrêt d’allaitement de 48 heures pour une prescription Skiacol®, et ma pharmacienne m’a déconseillée d’allaiter avec ce médicament. Que dois-je faire ? »

Notre réponse :

L’indication est en vue d’une mydriase avant une mesure de réfraction de l’oeil.

En action locale, le risque systémique est amoindri. En effet ce médicament agit au niveau de la cornée. Le CRAT n’est pas documenté. Le principe actif est le Cyclopentolate. E-lactancia nous donne un risque modéré, amoindri par l’utilisation d’un mouchoir appliqué sur le cul de sac conjonctival 2 minutes après l’instillation. LactMed explique que pour un usage unique le Cyclopentolate ophtalmique ne peut pas interferer avec l’allaitement.

En conclusion, un arrêt temporaire d’allaitement prescrit et conseillé à tort, il suffisait de vérifier auprès de sources fiables et reconnues, et de donner un message de prévention.

La suite des autres services de la Pharmacie dans un prochaine article, si vous êtes intéressés merci de m’en informer.

 

Frédéric Roussel

Dr en Pharmacie, specialisé en allaitement maternel

Pharmacie Marceau

Courbevoie (92400)

 

 

Biographie

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Né en 1957 en Alsace, études en Pharmacie jusqu’en 1982. Père de trois enfants, tous allaités, de 23, 28 et 30 ans. S’intéresse à l’allaitement maternel depuis la naissance de ses enfants. Co-auteur de programmes d’éducation thérapeutique de patients dans une optique centrée autour du patient, asthme, surcharge pondérale. Membre de la Cofam depuis 2013, membre de la Leche League depuis 2014, membre des Papallaitants depuis 2015. Anime la page Facebook « Allaitement Maternel 2.0 » dans un but informatif depuis 2012. Création d’une équipe de 4 Docteurs en Pharmacie formés à l’allaitement maternel.

La première nuit sans le sein de maman

Le Témoignage de Tof

C’était au mois d’Octobre 2014, un jeudi. Coup de téléphone de notre médecin traitant; » Christophe, tu dois faire hospitaliser madTof et Robiname en urgence!! »

Du coup grosse angoisse sur le moment car comment faire avec Robin qui avait à ce moment là, juste 1 an et qui tétait encore plusieurs fois par jour? Et comment faire pour l’endormir et remplacer ce moment du coucher qu’il avait avec maman?

J’ai dû laisser les enfants avec mes prents, en disant aux grands de bien aider leurs grands parents pour Robin. Nous sommes partis, avec toujours cette angoisse et maman qui avait du mal à laisser ses 3 gars, surtout petit bonhomme.

Je passe les détails aux urgences, juste ce moment ou l’on a parlé, tous les deux avec madame. « Est ce que tu vas t’en sortir, comment vas tu faire, lui qui tète beaucoup, puis pour le coucher? » Enfin tout un tas de questions que l’on se pose! J’y ai répondu. Puis quand elle m’a dit, « je ne vais pas pouvoir le voir pendant quelques jours, je ne pourrais pas lui donner le sein, du coup il va arrêter de téter!! » Ca m’a fait mal au cœur de la voir comme ça, j’en avais l’intérieur qui se serrait. Je lui ais dis alors qu’on devait demander aux infirmières si il serait possible de venir avec Robin dans la journée, qu’il puisse voir maman et si il serait possible de lui donner le sein? Bien sûr tout ça par rapport à la mise en place d’un traitement compatible avec l’allaitement. Les réponses ont étés positives et pour nous plus rassurantes, surtout pour maman.

Pour ce qui est après, pour moi avec Robin, avec certaines explications de madame, j’ais préparé pour le coucher du soir un mélange de compote (bio) et yaourts soit de brebis (bio) ou chèvre (bio) dans une gourde (style compotes- réutilisable). C’était la solution, car il n’avait jamais pris de biberon et je n’avais pas forcement envie de lui faire connaitre!!  Ce qui avait pour but de le « caler » avant de s’endormir tout en le berçant et une petite chanson.

J’ai dormi avec lui, pour le rassurer, et il a fait des nuits presque complètes, alors que d’habitude non (il devait sentir que maman n’était pas là de toutes façons). Pour les repas, je lui ai donné des légumes, féculents et compote en dessert. Les jours suivants maman a essayé de tirer son lait avec un tire-lait que j’avais loué à la pharmacie, mais impossible d’obtenir plus que quelques gouttes!

Je n’étais pas trop sûr de moi, mais ça a plutôt bien marché pour tous les deux. J’en étais très content et une petite fierté en plus!! Puis on attendait avec impatience l’après midi pour qu’on puisse rejoindre maman qui attendait elle aussi, impatiente de retrouver son petit bonhomme pour téter. J’ai pu voir ce sourire, quand nous sommes arrivés et Robin avait demandé tout de suite en rentrant dans la chambre son tétou. Ca l’a rassurée d’autant plus ainsi que moi même.

Après les 5 jours à l’hôpital, maman est rentrée à la maison et Robin a repris ses habitudes de tétées, autant qu’avant (même la nuit!).

Au final, malgré nos craintes et angoisses, ça s’est assez bien passé, l’équipe fils/papa a survécu!

Cododo face aux inquiétudes extérieures

Le Témoignage de Michoko
Pour ma part, on a commencé comme beaucoup, par le lit de bébé dans notre chambre.. Au moindre réveil, hop, dans le lit, au sein! Depuis, on a installé son lit dans sa chambre. Par contre pour l’endormir on avait deux solutions possibles: laisser pleurer (on l’a jamais fait), ou l’endormir au sein pour ensuite la coucher en priant pour qu’elle ne se réveille pas.
Un jour, de la famille est venue dormir à la maison (ma belle-famille, un soutien précieux!) du coup on s’organise: on met le deuxième matelas 2 places dans la chambre de la petite et on dort tous dessus (elle, ma chérie et moi..) Et on a continué comme ça: Le lit à barreaux est démonté, le grand matelas lui sert de plumard.
 
Tous les soirs maman l’endort au sein, puis on va se coucher de notre côté.
 Aujourd’hui, ma fille continue de se réveiller presque toutes les nuits. J’ai le sommeil plus léger, je me lève et, selon l’heure, les horaires de la maman, je l’amène au sein et elle termine la nuit avec nous, ou je vais me coucher près d’elle. Le week-end, elle vient nous rejoindre elle-même vers 6h, sans même nous réveiller.
Quant aux inquiétudes extérieures du type « elle sera jamais indépendante », on se rassure en la voyant tous les jours évoluer, grandir et faire preuve d’une extraordinaire confiance en elle!!
Je trouve le cododo vraiment positif: il participe pleinement, comme plein d’autres petites choses, à tisser des liens avec son enfant, à lui démontrer qu’on est là quand elle a besoin et à prendre de l’assurance face au monde. Aujourd’hui, elle se « détache » de nous petit-à-petit, sereinement, avec toujours la garantie de pouvoir revenir vers nous à tout moment!!
Pis pour tous ceux/celles qui se disent que c’est sûrement pas ainsi qu’on en mettra un deuxième en route, ben moi je dis qu’ils manquent d’imagination!..

 

Cododo : un accompagnement vers la bienveillance

Le témoignage de Cédric

Je « cododotte » avec mon fils depuis 8 mois, depuis la naissance de notre fille. Maman allaite et « cododotte » avec notre fille.

Comme beaucoup de personnes, j’ai reçu une éducation de l’ancienne génération:

– Les enfants doivent dormir dans leur lit !

– Il faut les laisser pleurer ! Ca forme leur poumons !!!

– Le lit est réservé aux parents!!!! Vous allez plus avoir d’intimité!

Nous avons entendu tous ça je pense. Enfin des bonnes vieilles idées reçues…

– Quand-même votre enfant se réveille jours après jours, semaine après semaine 4 à 5 fois par nuit à un moment donné il faut trouver une solution car le manque de sommeil nous pèse et devient très vite dangereux suivant nos métier et nos activités.

cododoLe cododo sujet tabou, beaucoup de familles le pratiquent mais en secret, peur du jugement ou de passer pour des gens tordus.

-À 18 ans tes enfants seront toujours dans votre lit, ça leurs donne de mauvaises habitudes…..

Au diable, je veux dormir!!!!

Je cododotte avec mon fils et alors !!! Il s’endort dans le creux de mon bras. Je l’entends respirer. Il ne fait plus de terreur nocturne. Ma présence le rassure. Je dors beaucoup mieux. Nous avons essayé de « cododotter » à 4 mais la petite se réveille trop donc on va attendre un peu. J’ai lu dans certains ouvrages que les enfants d’eux même demandent à dormir seuls, des qu’ils se sentent prêts. L’essentiel c’est le bien-être de nos enfants. En tous cas une chose est sûre nous sommes devenus pro-cododo ce qui nous a amené à nous demander quelle éducation nous voulions donner à nos enfants. Une éducation comme on a reçu, psychorigide, à refouler nos émotions, et qui donnera des adultes handicapés émotionnellement.

Un accompagnement vers la bienveillance est devenu notre ligne de conduite.