QUAND LA TENACITE DEVIENT NOTRE SEULE ALLIEE…

Bonjour,

Je m’appelle Greg et certains ont déjà pu lire une partie de notre histoire il y a quelques temps. Pour autant, nous voilà de retour afin de témoigner de notre histoire avec l’allaitement.

Je suis marié avec ma chérie Sophie, j’ai 37 ans, et je suis papa de 5 enfants. Melvil 20 ans; Alisée 17 ans ; Loane 11 ans ; Aloÿs 3 ans et Olympe 6 semaines…

C’est l’histoire de cette dernière que je voulais vous raconter…

Notre histoire d’allaitement est complexe et notamment celle d’Aloÿs atteint d’une maladie génétique rare, qui côtoie les hôpitaux depuis sa naissance de manière très (trop !) régulière…

Pour autant, nous avons souhaité avoir un autre enfant… Comme un « dernier pour la route »…

Peu de temps après notre prise de décision, Sophie tombe enceinte… YES ! Et très vite nous voilà transportés dans notre projet de naissance… C’est une fille ! Super !

Sophie est très active dans plein de groupes d’allaitement et pour ma part je suis un papallaitant depuis également plus d’un an… Mais pour autant nous continuons de nous renseigner… On veut être au top.

La grossesse se passe à merveille et comme pour les 4 autres nous voilà arrivés au terme de celle-ci sans que la petite ne pointe le bout de son nez… On est habitué, ce fut pareil pour les 4 autres !

RDV est pris à la maternité de Bagnols-sur-Cèze où l’obstétricien est d’accord pour tenter un accouchement par voie basse malgré les 2 derniers accouchements par césarienne.

C’est parti le 3 août dernier… Pose d’un ballonnet qui fonctionne bien et nous voilà en salle de travail ! Ce travail est long mais nous continuons de plaisanter… Pose de la péridurale et les contractions avancent doucement…

Tout bascule vers 2h30 du matin…

Les sages-femmes rentrent en trombe dans la salle alors que nous nous reposons un peu… Après une contraction, le rythme cardiaque de la petite chute ! On sent un affolement général… On pose le masque à oxygène sur la bouche de Sophie et tout s’accélère… La césarienne est obligatoire…

Sophie part en 20 secondes vers le bloc et moi je me retrouve planté là…

Pour autant, j’entends l’équipe qui s’excite et qui court… On crie des « code rouge ! code rouge ! »… je ne sais plus ce qui se passe… L’anesthésiste vient me dire que Sophie dort mais je sens que l’excitation monte encore dans l’équipe…

Tout à coup, je vois la sage femme sortir avec ma fille dans les bras… L’image reste gravée dans ma mémoire. La petite ne bouge pas, elle est grise… Le sage femme hurle « on a un problème avec le cordon ! elle est morte ! »… Je suis en plein cauchemar…

C’est au tour de l’anesthésiste et des pédiatres de prendre le relais…

Ça court… ça crie… Je suis dans la pièce juste à côté de la salle de réanimation… j’entends tout …« on la perd ! non elle revient ! elle repart ! »

Je tourne comme un lion en cage et 7 minutes après la naissance on vient me dire qu’il y a un rythme cardiaque mais que tout ne tient qu’à un fil…

La machine se met en route tel un rouleau compresseur … On doit transférer la petite à Nîmes pour tenter de sauver son cerveau…

Je suis autorisé à la voir… je vois qu’elle souffre… Elle a un cordon ombilical énorme et rempli de sang …

Je retrouve Sophie quelques instants pour lui dire que sa fille est vivante mais que tout est incertain et que nous allons devoir partir vers un autre hôpital… C’est comme revivre ce que nous avons vécu pour Aloÿs 3 ans plus tôt…

La pédiatre ne me ménage pas… Elle me dit que ma fille est née morte et qu’elle a subi une grosse réa… On doit la transférer mais on ne sait pas si elle va supporter le transport… Pour autant, je ne suis pas autorisé à monter dans l’ambulance… je dois faire les 50 km en voiture…

Sophie ne peut pas voir sa fille et la petite part dans cette boîte que nous connaissons malheureusement trop bien…

Je prends ma voiture et je suis… Comment ? J’avoue que je ne me souviens plus … Je ne sais même pas comment était la route… J’étais ailleurs…

Pour autant, j’arrive à Nîmes sain et sauf et je monte vite retrouver ma fille… Ouf ! elle a supporter le transport…

Les médecins me disent que son état est critique.

Ils vont devoir la mettre en hypothermie à 33 degrés afin de préserver son cerveau et ce pendant 3 jours. C’est un choc… Je suis seul dans une ville que je ne connais pas, mes autres enfants ne sont toujours pas au courant et ma Sophie est seule de son côté… C’est toujours un cauchemar !

Les médecins ne se prononcent pas sur le pronostic mais ils font tout… Je leur dis que Sophie veut allaiter, comme un moyen de me rattacher à quelque chose que je connais… Pour autant, la petite ne sera pas nourrie par voie orale pendant un moment… Elle s’endort dans un sommeil glacial telle la reine des neiges…

Pour autant, et dans l’attente de son réveil, nous tentons de prendre les choses en main… Sophie s’accroche à un tire-lait toutes les heures et est transférée auprès de nous après 2 jours. Moi je vais auprès de la petite, je lui parle, je lui chante des chansons car bien entendu je ne peux pas la prendre dans mes bras… Elle est branchée de partout et je ne peux que lui faire quelques caresses que j’espère être rassurantes…

Trois jours plus tard, on réveille doucement la petite… C’est long… Et ça fait mal… On l’emmène direct à l’IRM et la sanction tombe… Il y a une lésion cérébrale au thalamus… Impossible de nous dire quelles seront les séquelles… Ce que l’on sait pour l’instant c’est qu’elle a perdu son réflexe de succion… Il va donc falloir rééduquer tout cela…

Commence alors une période épuisante pour les nerfs… Il faut rééduquer la petite mais dasn un contexte sur-médicalisé… Elle garde une sonde naso-gastrique dans la bouche mais il faut la mettre au sein… Alors on s’y colle… Sophie s’installe et moi j’essaie de diriger la tête de la petite…

Cela marche peu… mais on ne veut pas lâcher alors on tente à chaque tétée toutes les 3H…

Après plusieurs jours, l’équipe s’impatiente… Les progrès sont trop lents et ils veulent passer la petite au biberon…

C’est alors que commence le combat… Le combat qui veut que nous souhaitons du temps pour donner une chance à notre fille de vivre cette merveilleuse histoire de l’allaitement…

C’est un défilé constant de médecins, puéricultrices, infirmières, qui veulent nous convaincre de passer au lait artificiel ou au pire, au biberon avec lait maternel…

Nous tenons bons et ne lâchons rien… Nous parlons de la confusion sein/tétine et l’on nous rétorque que cela n’existe pas… Nous parlons de notre engagement pour l’allaitement mais on nous écoute peu… La pression se fait de plus en plus forte et Sophie a besoin de se reposer … Elle n’en peut plus…

Je demande alors à passer au DAL au doigt… On me l’accorde… OUF ! Bon ils n’en ont pas en réa néonat… Alors j’en fabrique un de fortune avec un biberon et une sonde de gavage… Et j’encourage ma fille pour qu’elle mange…

On nous remet un coup de pression ! Après chaque tétée au sein on aspire le contenu de l’estomac de la petite par la sonde naso-gastrique pour nous dire que cela n’est pas suffisant…Mais on ne veut rien lâcher… On demande une balance pour faire de la « tétée-pesée » et ainsi avoir une vision plus correcte que ce système un peu « barbare » consistant à aspirer le contenu de l’estomac…

Et un jour, la chance nous sourit… ça fait 15 jours déjà que nous sommes là à jongler avec les 4 grands et la petite et elle se met à téter plus efficacement ! En plus, elle en a marre, elle arrache sa sonde (une nouvelle fois !) et une puéricultrice nous laisse tranquille sans lui remettre histoire de voir comment cela se passe… Il faut remettre la sonde un peu plus tard mais les progrès arrivent… On va y arriver !!!!

Après 3 semaines en réa nous sommes transférés vers un hôpital près de chez nous pour quelques jours histoire d’organiser le suivi mais ça y est ! l’allaitement est en place et il fonctionne !

Sophie profite de ces moments de proximité avec sa fille et moi je peux enfin souffler un peu en arrêtant de faire barrage et de me battre avec les soignants…

Aujourd’hui , nous sommes enfin rentrés chez nous… L’état de santé de notre petite Olympe est encore compliqué et le suivi est et sera encore longtemps bien lourd… Mais aujourd’hui cette petite se nourrit exclusivement avec le sein de sa maman et c’est grâce à la ténacité dont elles ont fait preuve toutes les deux dans cette situation !

Alors soyons clairs… Je remercie les équipes médicales et soignantes pour ce qu’elles ont fait pour ma fille !! Mais j’ai pu voir aussi que même en réa néonat, les soignants sont peu informés sur l’allaitement et qu’aucun protocole n’est mis en place pour une maman allaitante… Pourtant, à mon sens, quoi de mieux que le lait de sa maman pour faire face à une telle situation ! J’ai même eu le droit, moi aussi, à un défilé de puéricultrices voulant voir « comment marchait le DAL au doigt » !

Bien que je ne sois pas pour un entêtement stérile, je reste persuadé que nous avons bien fait d’être tenaces pour pouvoir mener à bien une partie de notre projet de naissance.

Je remercie grandement l’ensemble des papallaitants qui m’ont soutenu durant cette période qui malheureusement nous fait encore faire bien des cauchemars… Ce fut un soutien sans faille et tellement boostant pour nous tous ! Il en est de même pour bien des mamans qui ont soutenu ma douce pendant son « combat pour l’allaitement »…

En conclusion, ne nous décourageons jamais ! Il y a toujours une lueur à la sortie du tunnel !

Merci à tous de m’avoir lu !

Naissance Olympe 655

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7 réflexions sur “QUAND LA TENACITE DEVIENT NOTRE SEULE ALLIEE…

  1. Alors, étant une maman qui suit Sophie, je vous dis chapeau à toute la famille. J’espère que le papa arrivera un peu à oublier cette horreur qu’il a pu vivre. Il y avait urgence mais le fait que le personnel oublie qu’il y a un père, une mère autour de cet enfant m’écoeure. Il y a des choses qui doivent être gardé pour soit. Ils ont des codes, des sigles, ce n’est pas pour rien. En tout cas, beau tégmoignage et belle victoire de votre fille.

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  2. Cher papallaitant,

    Votre histoire me parle. Je suis infirmière en Néonatologie, mais je l’ai été dans plusieurs services de réanimation aussi. Votre combat, je le soutiens, je l’encourage! Je trouve regrettable de voir que les équipes tombent dans la « facilité » du biberon même si je sais pourquoi. Vous le savez aussi j’en suis certaine. Je ne connais pas l’équipe ni le service de Nîmes mais ce qui est sur, d’après ce que je lis, c’est que les gens manquent certainement de formation. L’allaitement est un sujet qui ne parle pas à tous, ce qui est dommage, quand on voit la place qu’il représente au sein d’une famille marquée par une hospitalisation. L’éloignement est déjà une difficulté importante, mais l’hypothermie en est une plus grande encore. La aussi nous avons encore des progrès à faire, mais sachez qu’il existe tout un protocole sur l’oralité (peut être l’avez-vous essayé et utilisé) qui nécessite également une formation et des connaissances précises du personnel. Votre histoire pourra peut-être aider à changer les mentalités, je l’espère… En tous cas bravo pour votre détermination à tous les 3, j’espère que votre petite va continuer a bien grandir et qu’elle continuera ses progrès…

    Amitiés,

    J.

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  3. Bravo à tous les deux d’avoir tant persévéré! Votre soutien envers votre femme pour l’allaitement est très beau, c’est un bel exemple! Merci pour ce partage.

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  4. Chers Papa et Maman d’Olympe,

    Je viens de lire votre article relayé par le blog de V. Darmangeat… et j’en ai les larmes aux yeux et la gorge nouée. Que de difficultés, mais que de courage, de volonté et d’amour de votre part ! Votre petite Olympe est magnifique et je souhaite de tout coeur qu’elle se remette vite et bien !
    Beaucoup de bonheur à vous !

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  5. Votre histoire me parle tellement… Nous avons vécu la même pour la naissance de notre deuxième jumelle.
    Contrairement à vous, j’ai eu la chance d’accoucher dans un hôpital de niveau III et d’avoir un service de réanimation sur place car notre petite n’aurait jamais supporté un transfert.
    L’hypothermie est impressionnante. Pour notre part, nous n’avons pu prendre notre bébé dans nos bras qu’au bout d’une semaine. Dur de faire un lien avec ce bébé inerte et qui souffre.
    Aujourd’hui, je peux affirmer que l’allaitement nous a sauvé toutes les trois.
    Bien que la maternité où nous étions était « relativement » ouverte à l’allaitement et en a favorisé les conditions, il y avait toujours une infirmière rétrograde pour vous notifier que ce n’était pas possible d’en allaiter 2, qu’il fallait complémenter avec du lait artificiel ou qu’il ne serait pas certain que notre 2ème fille « retrouve » son réflexe de succion, etc, etc… Mais c’était sans compter sur la volonté de notre petite fille qui s’est battue pour devenir autonome au sein. Et avec la complicité d’une infirmière, nous avons enfin pu lui faire confiance après qu’elle ait arraché sa sonde une énième fois… et ça a marché!
    J’espère que votre petite Olympe va bien et que les séquelles seront minimes. Je vous souhaite beaucoup de bonheur en famille.

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